Judith Gautier : "La lumière arrive".

Une femme d'exception

"La lumière arrive" c'est écrit en chinois que ce sobre épitaphe orne la tombe de Judith Gautier. Et quelle autre phrase pourrait mieux résumer la vie de celle qui fut à la fois muse et poète, femme et fille, épouse et maîtresse; et demeure l'une des femmes de lettres les plus fascinantes du XIXème siècle?

La lumière oui. Celle dont son père Théophile Gautier écrivait qu'elle était : " son dernier espoir et le plus parfait de (ses) poèmes" et qui fut la première femme admise à l'académie Goncourt. Un honneur, une reconnaissance de ses pairs mais, de son propre aveu légèrement entaché car elle prend en 1910 le fauteuil de Jules Renard, écrivain qu'elle n'appréciait guère.


Un père omniprésent

Des amitiés, des affections, des engouements, des amours, des déceptions, des inimitiés, la vie de Judith en fut remplie. Passionnante et passionnée, belle, d'une grande culture, Judith parle dès sa jeunesse couramment chinois, un Chinois réfugié en France et adopté par son père lui ayant enseigné la langue. Fascinée par la culture chinoise, elle écrit plusieurs ouvrages traitant de la Chine et de l4orient où elle n'ira jamais autrement qu'en rêvant, qu'en écrivant.

Chez son père, dans la petite maison de la rue de Longchamp, dans la campagne de Neuilly , se succèdent écrivains, poètes, artistes que Judith admire, craint ou respecte. De Baudelaire à Dumas, en passant par les frères Goncourt, Hugo, Flaubert, Gustave Doré, Villiers-de-L'isle-Adam, Mallarmé ou encore Maupssant.

Mais c'est de Catulle Mendès que la jeune femme, pourtant très courtisée, s'éprend. Face à sa mauvaise réputation de viveur, Théophile Gautier joue son rôle de père et ne veut pas entendre parler d'union. Judith, amoureuse, ne cède pas. Gautier se fâchera refusant d'accepter ce mariage auquel il ne croit pas. Non sans raison, c'est par un divorce après d'amères souffrances et désillusions que l'histoire se terminera. Seul témoin de cette union désastreuse, Flaubert assiste au mariage.


Louanges et critiques

Judith dont la grande beauté subjuguait les uns : Victor Hugo, Jean Lorrain ou encore Richard Wagner dont elle fut la Muse, la maîtresse ou l'amoureuse et dont la liberté, le talent , l'indépendance et l'esprit froissaient les autres, attend la fin de sa vie et la mort de son père pour oser dire, raconter.

Dans ses trois ouvrages de mémoires : Le Collier des jours, Le Second rang du collier et Le Troisième rang du collier, elle narre anecdotes d'enfant, souvenirs de jeunesse, les bons et les mauvais jours.

Celle qui fut portée aux nues fut tout autant ridiculisée, moquée. Elle connut les louanges comme les insultes.

Une fin solitaire

Elle finit seule dans sa maison de Bénogat, délaissée, après avoir aidé nombre d'artistes dans le besoin, oubliée de certains, qui se souvient encore que seul Pierre Loti fut acclamé en 1912 pour La fille du Ciel, roman qu'il avait co-écrit avec Judith?


La lumière arrive. Judith l'a rejointe. Bien plus que nombre d'autres, elle l'avait mérité.

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